TOUS LES FILMS ONT LA MÊME FIN 
 

Tous les films ont la même fin. Le constat est violent. Provocant aussi. L’affirmation paraît absurde. Pourtant, pour le spectateur, tous les films ont la même fin : ils commencent, se déroulent, puis s’arrêtent.

 
Lionel Fondeville et Cyrille Catois se rencontrent début 2005. Le premier commence à composer vers 12 ans, sur un synthé Casio PT-30 longtemps convoité, revendu quelques années plus tard pour passer à la vitesse supérieure : le Yamaha PSS 570. Il souhaite prendre des cours de musique, mais possède un coeur fragile: il est inscrit au club de rugby local. Il apprend seul, se jetant sur les instruments qui passent à sa portée. Il adapte ainsi à ses moyens limités les chansons de la discothèque familiale et les rengaines du Top 50 crachées, dans la cuisine équipée d'un pavillon de la banlieue bordelaise, par un transistor Gründig. Ce sera le piano du lycée, la guitare d'un copain, un harmonica trouvé dans un tiroir. Quand il rencontre Cyrille, Lionel cherche de nouvelles couleurs et une ampleur pour les chansons qu'il écrit depuis toujours. Il souhaite retrouver l’excitation de la création et de la scène après la belle mort du projet lo-fi, archi-décalé et franco-belge jalouxdemonsuccès, qu’il a co-animé avec Laurent Bégouin, Fred Latherrade et Claude Rouyer, soutenu par Rodolphe Burger, de 1995 à 2002. 
 

Cyrille, quant à lui, découvre les Beatles à l’âge de 8 ans. Il trouve ça pas mal, et décide de faire de la musique. Plus tard viendront les Clash, Weezer, Ben Folds Five, Daniel Johnston… Il opte d’abord pour la batterie et commence à taper sur des barils d’Ariel. Très vite, c’est le succès. Les tournées mondiales s’enchaînent, les fans s’ouvrent les veines, les colis piégés encombrent sa boîte aux lettres. Mais la lassitude s’installe. A quatorze ans, Cyrille se remet totalement en question et se tourne vers la guitare que son frère lui a offerte pour Noël. Il prend ses premiers cours alors qu’il est encore au lycée (pas les derniers semble-t-il, car aux dernières nouvelles, il en prend toujours).



 

 

 

C’est aussi à cette période qu’il découvre la basse, qui devient son instrument de prédilection. Entamant des études d’anglais à la fac, il suit parallèlement des cours dans des écoles de musique telles que Jazz à Tours, puis l’American School of Modern Music à Paris. Oscillant avec un égal plaisir entre des formations jazz (the Big Nowhere) et des groupes franchement plus rock (Margot), voire post-punk (Marousse), Cyrille cherchait, depuis longtemps déjà, un partenaire avec lequel il pourrait arpenter des chemins plus personnels, au-delà de son rôle de bassiste. 

 

Quelques jours après leur rencontre, sans plan de bataille, les deux garçons se mettent au travail. Semaine après semaine, à leur corps défendant, les titres s’enchaînent sans douleur, les mélodies naissent, un univers s’installe. TOUS LES FILMS ONT LA MÊME FIN est né. 
 

Composées à deux ou quatre mains, les chansons sont toujours arrangées par le duo, parfois épaulé par des amis (Monsieur Chou, David Milh, Mathias Fisch, Guillaume Guet). Elles sont tantôt sombres et désespérées (Les amis de mes amis, Il faut que je me venge, Un faux mouvement), tantôt plus légères (Les lucioles), mais toujours au plus près d’une réalité qui ne se laisse pas saisir. Le groupe ne s’en tient pas là, proposant aussi une relecture enthousiaste et sans ironie déplacée des codes de la chanson populaire (Ce genre de baiser-là), et il n’hésite pas à se montrer subtilement mordant devant l’absurdité du quotidien (Rendez-vous normal, Le magasin). 
 

Autant de virages, négociés avec une facilité déconcertante, qui aiguisent l’appétit de l’auditeur : que va-t-il se passer avec la chanson suivante ? Le phénomène s’explique sans doute par une diversité qui sait ne pas s’éparpiller, une originalité sans pose et des textes aux antipodes de l’indigence. Le tout, bien sûr, saupoudré d’une innocence pointant sous la chape de noirceur. Une soif inextinguible de sons, de mots et d'images les pousse à ne jamais refaire deux fois la même chanson. Le risque : créer une suite décousue, petit train rigide de citations creuses et désarticulées, énième patchwork se cognant la tête aux parois du bocal. Mais ici, le verre se brise, et la candeur emporte la mise.